Alcool, médicaments, drogues … quand les employeurs doivent faire face aux addictions de leurs salariés. Drogue et travail, une dure réalité. Il s’est trouvé plus de 100 personnes pour témoigner, au procès autour de l’EXXON VALDES, pour affirmer que l’homme de quart n’était pas en état d’ébriété. Il y aura aussi toujours des lampistes. Il n’en reste pas moins qu’à partir d’un certain niveau de danger, l’erreur étant humaine, des technologies aux conséquences illimitées dans l’espace et dans le temps comme le nucléaire doivent être éliminées de la planète. Des entreprises en viennent à soumettre leurs salariés à des tests de dépistage.

Un grutier qui sous l’emprise du cannabis manipule sans précaution des tonnes de béton au dessus de la tête de ses collègues de chantier. Un trader qui prend des positions délirantes sur le marché boursier, parce que venant de sniffer un rail de coke, il se croit subitement hyper-lucide. La drogue au travail n’épargne plus aucun secteur d’activité, aucune couche sociale. C’est en tout cas le message délivré par Etienne APAIRE, Président de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT). A l’occasion d’un important colloque à PARIS (2010), ce magistrat vient de révéler que 20% des accidents du travail, de l’absentéisme ou des conduites inappropriées, comme des bagarres sur les lieux professionnels, sont liés à des addictions. L’alcool fait certes partie du lot. Les entreprises y sont confrontées depuis longtemps. Il n’était pas rare, au siècle dernier, que les ouvriers boivent jusqu’à six litres de vin par jour pour tenir, rappelle un spécialiste de la MILDT. Selon cet organisme, quatre millions de Français vivraient encore sous cette dépendance.

Mais surtout, le cannabis a pris racine dans l’hexagone avec 550.000 consommateurs quotidiens, plus de 4 ados sur 10 l’ont expérimenté ! Beaucoup arrivent sur le marché de l’emploi avec leurs addictions déplore le juge APAIRE, qui précise “L’alcool aussi a fortement progressé chez les jeunes, ce qui aboutit souvent à une poly-consommation très préjudiciable à leur intégration dans le monde de l’entreprise.

10% des salariés touchés :

La question de la sécurité sur les lieux de travail est évidemment posée “Cela vaut pour le consommateur de stupéfiants bien sur, qui se met en danger, mais aussi pour ceux qu’il expose, à commencer par ses collègues de travail et ses éventuels clients” rappelle Jean-Denis COMBREXELLE, directeur général du travail au ministère du travail, de la solidarité et de la fonction publique (2010). A en croire les études épidémiologiques, 10% des salariés consommeraient des substances illicites. Et certaines professions seraient plus touchées que d’autres : les métiers de la construction, notamment, mais aussi ceux du transport, du tourisme ou de la sécurité privée, avec des vigiles parfois un peu limites, confie le responsable de la sûreté de la sûreté d’un grand groupe. Pour les marins aussi, les analystes évoquent une surexposition au risque.

Lors du colloque parisien, l’un des experts intervenant assurait que l’échouage de l’EXXON VALDEZ, ce pétrolier américain qui déversa des millions de litres de pétrole sur la côte de l’Alaska en 1989, était largement dû au sérieux problème d’addiction de l’homme de quart “Celui qui boit ou qui se shoote peut aussi se trouver aux manettes d’un Boeing transportant des centaines de passagers ou au pupitre de commandes d’une centrale nucléaire s’inquiète Etienne APAIRE. Selon lui, le risque tient surtout à la fonction exercée. La Belgique et le Canada ont déjà engagé une véritable politique de prévention contre ce fléau confie un haut cadre de la direction du travail. Et, aux USA, une société qui veut travailler pour l’Etat Fédéral n’obtiendra de contrat que si elle s’engage à dépister l’usage de produits illicites parmi son personnel. La police américaine est aussi régulièrement contrôlée.

La France n’en est pas encore là. Mais certains secteurs ont engagé une réflexion avec les syndicats pour réduire les risques, notamment dans le bâtiment. Des tests salivaires sont même pratiqués dans certaines entreprises, sans psychodrame connu à ce jour. Les mentalités évoluent. Particulièrement prudents hier sur la question, les DRH seraient, selon une étude citée par la MILDT “favorable aux tests de dépistage sur le cannabis à 69% dans les entreprises de plus de 50 salariés et à 61% dans les petites entreprises.

Les professions les plus exposées :

Des études épidémiologiques permettent d’identifier les secteurs d’activité les plus touchés par les comportements d’addiction

Chauffeurs routiers :

Cette branche est de plus en plus surveillée. Dans le Nord Pas de Calais, des dépistages urinaires chez les chauffeurs ont permis de découvrir que 8.5% d’entre eux étaient positifs au test du cannabis et ses dérivés, 5% à l’alcool et 4.1% aux opiacées. Conduire sous l’effet du cannabis multiplie par 1.8 le risque d’être responsable d’un accident mortel, comparé à 8.5 pour l’alcool.

Professions médicales :

Catégorie très étudiée pour les consommations d’alcool, relève cliniquement la MILDT. Une enquête nationale de 2005 sur les anesthésistes-réanimateurs illustre cette tendance. Ses conclusions : 10,9% étaient abuseurs ou dépendants à au moins une substance autre que le tabac : l’alcool (59%), les tranquillisants et les hypnotiques (41%), le cannabis (6.3%), les opiacés (5.3%) et les stimulants (1.9%).

Marins et matelots :

Une étude de 2008, portant sur 19 ports, révèle que les expérimentations de produits, non négligeables chez les pêcheurs, sont encore plus élevées chez les marins embarqués sur les navires de commerce “21.9% des marins civils ont consommé du cannabis dans les douze derniers mois” notent ses auteurs. Et d’ajouter “l’expérimentation de produits stupéfiants hors cannabis concerne 15.4% des marins. On peut citer par exemple les champignons hallucinogènes (7.5%), la cocaïne (7.2%, le poppers (6.8%) ou l’ecstasy (5.1%).

Intérimaires du bâtiment :

Selon l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), dans ce milieu où puisent beaucoup les entreprises du bâtiment, 31% des salariés consomment du cannabis. L’usage répété (plus de 10 épisodes par an ou plus) touche presque 20% des intérimaires, 77% des consommateurs ont moins de 26 ans.

Artistes, serveurs, chômeurs :

L’OFDT assure que la consommation de cocaïne concerne toutes les catégories sociales et reste dissociée du travail, sauf pour deux types d’activité. D’abord les professionnels des arts et du spectacle. Ensuite des personnes qui connaissent des conditions de travail particulières induisant pur elles la nécessité de se sentir hyper-performants. Le secteur de la restauration en zone touristique, par exemple. Les chômeurs connaissent, quelle que soit la drogue, des taux de consommation plus élevés que la moyenne.

Source : LE FIGARO Juin 2010

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