Les addictions au travail : prévention du risque lié à la consommation de substances psychoactives en entreprise ! La consommation de substances psychoactives en milieu professionnel peut générer des risques pour le salarié ou les tiers, notamment accidentels, du fait de l’altération des capacités engendrées. Dans le cadre de la lutte contre les addictions au travail, l’obligation faite à l’employeur d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale des travailleurs (article L4121-1 du Code du Travail), assortie d’une obligation de résultats, doit l’encourager à mettre en place une démarche de prévention sur cette thématique. C’est la cohérence de cette action de prévention qui sera évaluée dans le cadre des responsabilités juridiques (civile et pénale).

Interaction reconnue entre la consommation de SPA et le travail :

  • 9% des consommateurs d’alcool et 13% des consommateurs de cannabis déclarent avoir augmenté leur consommation du fait de problèmes liés au travail ou du fait de leur situation professionnelle dans l’année précédente
  • Certains facteurs professionnels sont identifiés comme retentissant sur les conduites de consommation de SPA (6 types de déterminants professionnels identifiés)
  • Par ailleurs, la consommation de SPA a plus de conséquences sur nos modes actuels de travail avec une forte exigence et est un risque supplémentaire en cas de PSS : postes de sûreté sécurité (manipulation de produits dangereux, machines dangereuses, conduite de véhicules et transports de personnes, chauffeur PL, cariste, chauffeur livreur).

Statistiques actuelles montrant la réalité de la consommation en milieu du travail :

Il est constaté une augmentation des consommations de drogues hors et au travail : tous les secteurs d’activités et toutes les fonctions sont concernés, avec des prévalences plus importantes selon les secteurs. Les dernières études permettent de savoir qu’en milieu du travail :

  • pour l’alcool, 8% des salariés ont une consommation à risque, et moins de 1% une consommation avec dépendance
  • Pour le cannabis, 2.7% des actifs ont un usage régulier
  • Pour les médicaments, 13.7% des actifs ont un usage régulier
  • 15 à 20% des accidents du travail, de l’absentéisme et des conflits interpersonnels au travail seraient liés à l’usage des SPA

Les consommations d’alcool, de drogues ou de médicaments psychotropes concernent un grand nombre de personnes en population générale et en milieu du travail. Ces consommations, qu’elles soient occasionnelles ou répétées, comportent des risques pour la santé et la sécurité des salariés. Ceci se traduit, notamment, par la survenance d’accidents du travail. Les salariés de tous les secteurs d’activité sont concernés, y compris ceux occupant des postes de sécurité. L’inscription du risque lié aux pratiques addictives dans le document unique et sa prévention sont donc nécessaires dans les entreprises.

Une addiction c’est quoi ?

Les pratiques addictives sont la consommation d’une substance psychoactive (SPA) telle que l’alcool, le tabac, les drogues ou les médicaments psychotropes (lorsque leur usage n’est pas conforme à la prescription médicale). Des pratiques addictives peuvent également être liées au travail (workaholisme : dépendance au travail) ou à internet, aux téléphones portables et aux jeux vidéo (techno dépendance). Consommer une substance psychoactive (alcool, cannabis) ne signifie pas être systématiquement dépendant. Il existe plusieurs comportement, parmi les pratiques addictives :

  • L’usage simple
  • l’abus ou usage nocif
  • la dépendance appelée addiction

Au fil de la vie, un sujet abstinent peut devenir consommateur d’une ou de plusieurs substances psychoactives en raison de :

  • Facteurs personnelles :
    • Deuil
    • Rupture
    • Maltraitance
    • Anxiété
    • Maladie grave
  • Facteurs sociaux :
    • Habitudes de consommation de la famille, des amis ou de la société
    • Chômage
    • Précarité
  • Facteurs professionnels :
    • Pots entre collègues
    • Repas d’affaires
    • Certaines conditions de travail

Les addictions au travail : Les secteurs concernés par les addictions

Tous les secteurs d’activité sont concernés par les pratiques addictives y compris ceux disposant de postes de sécurité (PSS). La consommation de substances psychoactives dans l’entreprise sont d’abord l’alcool, puis les médicaments psychotropes suivis du cannabis. Selon le baromètre 2010 de l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES), 20% des actifs occupés déclarent consommer de l’alcool sur le lieu de travail en dehors des repas et des pots entre collègues. D’après une enquête française publiée en 2007, 23% des salariés ont recours à des médicaments psychotropes (somnifères, anxiolytiques ou antidépresseurs).

D’après le baromètre santé 2010 de l’INPES, plus du tiers des fumeurs réguliers (38%), 12% des consommateurs d’alcool et 17% des consommateurs de cannabis déclarent avoir augmenté leurs consommations du fait de problèmes liés à leur travail ou à leur situation professionnelle au cours des douze derniers mois. Le renforcement de ces pratiques addictives apparaît significativement plus important chez les chômeurs que chez les actifs occupés.

Les conséquences des addictions au travail :

La consommations de substances psychoactives (alcool, drogues, médicaments) diminue la vigilance et les réflexes. Elle modifie les capacités de raisonnement, le champ de vision et la perception du risque. Cette consommation, y compris lorsqu’elle est occasionnelle, peut-être à l’origine d’accidents du travail ou de trajet, d’autres risques professionnels (harcèlement, violence, stress) et/ou de décisions erronées. Les pratiques addictives peuvent donc constituer un danger pour le travailleur, ses collégues et les tiers (clients de l’entreprise, usagers de la route). L’expertise collective de l’INSERM consacrée à l’alcool rapporte que 15 à 20% des accidents du travail seraient dus directement à l’alcool, la plupart d’entre eux survenant chez des personnes dépendantes. L’étude SAM (stupéfiants et accidents mortels) montre que lors de la conduite d’un véhicule sous influence d’alcool (y compris avec une alcoolémie inférieure à 0.35g/L), le risque d’être responsable d’un accident mortel est multiplié par 8.5 par rapport à un conducteur n’en ayant pas consommé. Dans le cas d’une conduite sous l’influence de cannabis, ce risque est multiplié par 5

Etat des lieux des entreprises et des addictions au travail :

En raison de leurs implications en matière de santé et de sécurité au travail, les entreprises sont concernées par les addictions. La présence de salariés en état d’ivresse ou l’emprise de substances psychoactives sur le lieu de travail peut mettre en danger la santé et la sécurité des salariés, à la fois pour eux-mêmes et pour leur entourage. L’altération de la vigilance, la modification de la perception du risque et/ou une prise de risque accrue peut ainsi être à l’origine d’accidents du travail. Ce sont les résultats d’un certain nombre d’études, apparues comme significatives, qui ont permis de mettre en évidence la réalité de ces consommations et de leur impact sur la santé et la sécurité au travail

Addictions, risque professionnels et accidentologie ?

Le risque désigne un danger bien identifié, associé à l’occurrence d’un événement ou d’une série d’événements, parfaitement descriptibles, dont on sait qu’ils sont susceptibles de se produire. L’évaluation des risques professionnels, dont le chef d’entreprise est responsable, est obligatoire et doit être consignée dans un document unique. Cette évaluation doit être régulière. Les mesures de prévention doivent être conformes aux principes généraux de prévention des risques professionnels inscrits au Code du Travail. Ces principes généraux consistent à éviter les risques, évaluer ceux qui ne peuvent être évités, combattre les risques à la source, adapter le travail à l’homme.

En résumé, l’addiction se caractérise par la dépendance, c’est à dire l’impossibilité répétée de contrôler un comportement et la poursuite de ce comportement en dépit de la connaissance des conséquences négatives. Une conduite addictive peut être liée à des produits (alcool, tabac, drogues, ou substances psychoactives) ou non (workaholisme notamment). Les problèmes posés par des consommations occasionnels ou répétées de substances psychoactives (alcool, cannabis, médicaments) sont préoccupants pour les entreprises françaises. En effet, ces consommations peuvent mettre en danger la santé et la sécurité des salariés, et notamment être à l’origine d’accidents du travail (modification de la perception du risque et/ou prise de risque, perte d’attention ou de vigilance, mise en danger du salarié lui-même ou de ses collègues. La prévention et la prise en charge des addictions est donc nécessaire dans les entreprises. La prévention repose sur la mise en place d’une démarche collective. Il faut notamment aboutir à un protocole accepté par tous dans l’entreprise, quand survient une situation où il y a danger, les modes d’intervention, les moyens à mettre en oeuvre, les limites et les rôles de chacun sur les poins suivant :

  • Dépistage
  • Suivi
  • Prise en charge
  • Retrait ou maintien au poste

La démarche de prévention collective :

La prise en compte des risques liés aux pratiques addictives est bénéfique non seulement pour la santé et la sécurité des personnels dans l’entreprise, mais aussi pour la sécurité des tiers (clients, travailleurs d’autres entreprises, usagers de la route). Elle peut être également bénéfique pour l’image de l’entreprise :

  • la réduction de ces risques passe par l’élaboration d’une démarche de prévention collective associée à la prise en charge des cas individuels
  • Les actions de prévention concernent l’ensemble des travailleurs de l’entreprise et pas seulement ceux qui sont en difficulté ou affecté à certains postes de travail
  • Le choix des objectifs de cette démarche, sa mise en oeuvre et son suivi nécessitent la mise en place d’un comité de pilotage
  • L’élaboration de la démarche de prévention doit se faire dans un esprit de concertation, d’accompagnement et de soutien

Les actions de prévention concernant les addictions au travail doivent également porter sur :

  • la consommation d’alcool
  • L’amélioration des conditions de travail pouvant favoriser la consommation d’alcool ou d’autres substances psychoactives
  • La définition de signaux et d’indicateurs d’alerte et de suivi, afin de déceler une situation nécessitant d’intervenir et/ou d’évaluer l’impact de la démarche mise en oeuvre

Venant de traiter les addictions au travail, le prochain article portera sur les produits stupéfiants. N’hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus, et surtout à diffuser le plus largement possible cet article. Vous pouvez nous contacter par mail par le lien suivant : Contact